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Bulletin n°2 - Mai 2003
publié le mercredi 14 mai 2003


 

Observatoire de la presse sur la Palestine

Association pour l'étude du traitement médiatique de l'information relative à la question palestinienne

Directeur de la publication : Yves Lemarié yves.lemarie@presse-palestine.org

www.presse-palestine.org

Dépôt légal : mai 2003

Bulletin n°2 - Mai 2003


Sommaire :
Avant-propos
Tout d'horizon
1/ Non-dits et références inadéquates
2/ Les concepts
3/ Le style de rédaction
4/ La présentation des faits Conclusion
Retour sur les auteurs
Annonce d'un prochain dossier
L'événement : les élections israéliennes du 28 janvier 2003
Annexes

Avant-propos


Pendant que l'armée américaine envahit et occupe le territoire irakien, l'Etat d'Israël accentue sa politique de persécution contre les Palestiniens sans que cela n'émeuve réellement la presse française. De même, les attaques de l'armée israélienne contre des volontaires civils occidentaux (une Américaine tuée le 16 mars, un Britannique cliniquement mort suite à des tirs israéliens le 11 avril, plusieurs blessés) n'ont pas soulevé d'indignation de la part d'intellectuels médiatiques. En effet, la grande particularité de la stratégie des gouvernements israéliens repose sur son caractère continuel : tous les jours, cet Etat occupe, colonise, viole le droit international, réprime toute opposition palestinienne à sa politique, applique un blocus affameur, détruit des maisons et des biens appartenant aux Palestiniens. Presque tous les jours, cet Etat assassine des Palestiniens (la moyenne de mars 2003 est de plus de 3 Palestiniens tués par jour). Mais tout cela est toléré par la communauté internationale depuis déjà 35 ans au nom d'un droit absolu à la sécurité accordé à l'Etat d'Israël alors même que ce droit est refusé aux Palestiniens et que, par exemple, la colonisation n'a aucun rapport avec la notion de sécurité. Pour comprendre cette inaction, il est nécessaire de s'interroger sur la façon dont les citoyens français sont informés sur la question. Il est urgent de le faire non seulement pour sauver les Palestiniens mais aussi pour éviter que le pourrissement de la situation là-bas ne débouche sur des affrontements intercommunautaires en France.

Ce présent Bulletin présente quelques innovations. La mise en page se veut plus élaborée (ajout d'une rubrique « retour sur les auteurs »), le contenu est dissocié en deux articles : un article consacré à un tour d'horizon de la presse et un article consacré à un événement spécifique (les élections israéliennes du 28 janvier dernier). Nous envisageons de continuer d'innover avec la parution ultérieure de dossiers thématiques en parallèle à ces Bulletins, le premier dossier thématique devant être consacré au traitement médiatique de l'affaire Paris VI (le vote en décembre 2002 de la motion du Conseil d'Administration de Paris VI à propos de la collaboration universitaire avec l'Etat d'Israël et les réactions que cette motion a suscitées en France).

Tour d'horizon


Pour la période allant de novembre 2002 à janvier 2003, nous commentons dix articles : six du Monde, deux du Figaro, un du Télégramme (quotidien du Finistère) et un dossier de Phosphore (mensuel destiné à la jeunesse). Les six articles du Monde sont deux articles d'information, deux articles analysant la situation, un entretien et un commentaire de film. Les deux articles du Figaro sont une analyse de Gilles Kepel, Professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et une tribune accordée au député U.M.P. Claude Goasguen et à 18 de ses collègues. L'article du Télégramme est un point de vue du directeur de l'information du journal. Le dossier de Phosphore (novembre 2002), réalisé par l'envoyé spécial Frédéric Niel, est consacré à Jérusalem et aborde divers aspects du conflit israélo-palestinien.

Nous regroupons nos commentaires autour de quatre thèmes généraux : les non dits et références inadéquates, les concepts, le style de rédaction et la présentation des faits.

1/ Non dits et références inadéquates

Nous décrivons sept catégories de non dits et de références inadéquates : les questions de la colonisation et de l'occupation tenues pour négligeables, la place accordée à la religion, la place accordée à l'histoire antique, la question du sionisme, les conditions de la paix, l'enjeu du conflit, le lien établi avec le terrorisme planétaire.

1.1. Les questions de la colonisation et de l'occupation tenues pour négligeables

Mouna Naïm consacre un article d'analyse tentant d'évaluer la pertinence du projet du Quartet (les Etats-Unis, l'Union européenne, les Nations-Unies et la Russie) « pour la relance d'un processus de pacification » (Le Monde, 8 novembre 2002). Dans son analyse, la journaliste ne mentionne pas la question de la colonisation. Si le projet du Quartet est aussi discret que la journaliste sur ce thème fondamental, alors il est aisé de trouver la réponse à la question posée dans le titre de l'article : « le Quartet va-t-il à l'échec ? ».

Interviewé par Michel Bôle-Richard et Alain Frachon (Le Monde, 21 novembre 2002), Nissim Zvili, nouvel ambassadeur d'Israël en France préconise « une séparation complète entre les deux peuples » israélien et palestinien et l'établissement entre eux d'une « barrière physique  » créant une « possibilité de s'organiser pour le peuple palestinien  » en vue d'un accord permanent qui couronnera une période de « maturation » de « cinq à dix ans au moins ». Il ajoute qu'« il s'agit d'arriver à la même situation que dans la bande de Gaza ». Les journalistes qui ont interviewé Nissim Zvili ne lui ont pas demandé comment on pouvait concilier à la fois la séparation qu'il préconise et la prolifération des colons, quel sens aurait une frontière qui, comme dans la bande de Gaza, permet aux colons et soldats israéliens d'être chez eux des deux côtés, quelle serait l'étendue du territoire dans lequel les Palestiniens seraient ainsi enfermés, et quelle garantie aurait-on que la nouvelle période de « maturation » recommandée ne soit pas mise à profit, selon l'usage, pour le développement de la colonisation. Plus généralement, les journalistes ont interrogé le représentant d'une puissance occupante et colonisatrice sans poser une seule question relative à l'occupation ou à la colonisation. En revanche, ces journalistes ont employé les termes abstraits de « dialogue  », « négociation », « paix », ce qui n'engage pas leur interlocuteur à aborder les sujets concrets du contentieux israélo-palestinien.

André Fontaine, ancien directeur du Monde, développe une analyse à propos du conflit israélo-palestinien (Le Monde, 6 décembre 2002). Hubert Coudurier, directeur de l'information, présente son point de vue sur l'évolution des relations israélo-palestiniennes (Le Télégramme, 1er novembre 2002). Au cours de son analyse des relations des Etats-Unis avec le monde arabo-musulman, Gilles Kepel évoque à plusieurs reprises la violence palestinienne (Le Figaro, 22 novembre 2002). Aucun de ces trois auteurs n'aborde les thèmes de l'occupation et de la colonisation israéliennes dans leur article.

Dans son texte rédigé en réplique au lancement d'une campagne de boycott des produits israéliens (Le Figaro, 1er novembre 2002), le député U.M.P. Claude Goasguen indique que les Israéliens et les Palestiniens habitent dans une région du monde « déjà parcourue par la violence et le terrorisme » mais ne fait aucune mention explicite des agressions israéliennes à l'origine de la campagne de boycott (l'occupation, la colonisation, la violation du droit international et la répression).

Dans son article commentant un film consacré au traitement médiatique de la question israélo-palestinienne (le film « Décryptage »), Alain Frachon développe une analyse passant sous silence les éléments essentiels de la réalité même de l'objet d'étude du film commenté (Le Monde, 22 janvier). En effet, le journaliste du Monde n'emploie pas le terme occupation. De même, dans cet article, Alain Frachon reprend exclusivement le terme de l'occupant (« implantations » au lieu de « colonies ») pour faire allusion à l'agression colonisatrice dont sont victimes les occupés.

1.2 La place accordée à la religion

Gilles Kepel écrit que l'embuscade d'Hébron du 15 novembre a eu lieu « au début du Shabbat » et que les victimes sont douze «  juifs » (Le Figaro, 22 novembre 2002). En revanche, il ne juge pas utile d'indiquer que cette opération a visé uniquement des colons armés et des soldats d'une armée d'occupation et qu'il s'agit donc avant tout d'un acte de résistance. Plus généralement, les concepts d'occupation et de colonisation sont absents de son article. Bien qu'étant « Professeur des Universités à l'Institut d'Etudes politiques de Paris  », Gilles Kepel témoigne d'une propension à ne retenir que les aspects religieux d'un conflit essentiellement politique (l'expansionnisme israélien). Une telle confusion de sa part entre les questions politiques et les questions religieuses ne peut-elle pas conduire les lecteurs à s'interroger sur le contenu du « programme doctoral sur le monde musulman » qu'il « dirige » ?

Dans son dossier intitulé « Israéliens-Palestiniens, Avoir 20 ans à Jérusalem » (novembre 2002), Phosphore présente les revendications sur Jérusalem comme étant principalement liées au sentiment religieux : le journal affirme à propos des Israéliens et Palestiniens que « chacun dénie à l'autre le droit de vénérer Jérusalem autant que lui  ». Or, la revendication palestinienne sur Jérusalem-Est est principalement profane. Inversement, Phosphore semble tenir les questions de droit international pour négligeables. La seule évocation de l'O.N.U. intervient à propos du vote « sur un plan de partage de la Palestine entre Arabes et juifs ». Ce dossier consacré à Jérusalem ne mentionne pas la position initiale de l'O.N.U. qui avait prévu un corpus separatum pour cette ville dans sa résolution 181 de novembre 1947. Le journal ne rappelle pas que l'annexion de Jérusalem-Est par l'Etat d'Israël a été condamnée par la communauté internationale. Le journal n'informe pas ses lecteurs de ce que, dans la municipalité de « la Jérusalem réunifiée », il y a 200 000 colons israéliens installés dans la partie orientale de la ville en violation du droit international.

Les propos du politologue Frédéric Encel contenu dans le dossier de Phosphore confirment la tendance à expliquer les revendications territoriales par des sentiments religieux. A la question du journal Phosphore lui demandant d'expliquer pourquoi « Jérusalem est [..] si importante aux yeux des deux camps », le politologue répond en ne mentionnant que des éléments religieux : « le roi David [et son] puissant royaume donné par Dieu aux Hébreux  », «  l'endroit du sacrifice d'Abraham », « le prophète Mahomet », « le Christ ».

1.3 La place accordée à l'histoire antique

L'article de Phosphore intitulé « l'histoire, arme de guerre » n'est en réalité consacré qu'à l'histoire antique. Certes, à côté de cet article, il y a une chronologie concernant l'ensemble des trois derniers millénaires mais la répartition en nombre de mots par période historique est la suivante :

-  45 mots pour la période antique (de 1000 avant Jésus-Christ jusqu'à 135 après Jésus-Christ) ;

-  8 mots pour la période postérieure à l'année 135 et antérieure à l'année 1917 ;

-  156 mots pour celle allant de 1917 à nos jours.

Le journal rejoint donc la démarche des gouvernements israéliens qui consiste à négliger la période comprise entre le 3ème et le 19ème siècle tout en accordant une grande importance aux temps antiques. De plus, la présentation de la période antique par le journal (chronologie et article) ne concerne que des événements bibliques ou en relation avec l'histoire juive.

1.4 L'absence d'explication sur les liens entre le sionisme et la question de l'entente entre Israéliens et Palestiniens

Le dossier du journal Phosphore contient un lexique sous la forme d'un encart. Ce lexique de cinq mots (ashkénaze, intifada, orthodoxe, séfarade, sionisme) propose ainsi une définition du terme « sionisme » : « mouvement politique visant à créer un Etat juif. Le mot vient de Sion, montagne de Jérusalem ». Le journal ne donne aucune autre information sur les actions liées à ce mouvement politique et n'explique donc pas dans quelle mesure cette idéologie a un rapport avec la mésentente entre Israéliens et Palestiniens.

1.5 La croyance dans une paix non contraignante pour l'Etat d'Israël

La date 1993 de la chronologie du dossier de Phosphore est accompagnée de la mention suivante : « Accords d'Oslo. Israël promet aux Palestiniens une autonomie progressive en Cisjordanie et dans la bande de Gaza en échange de la paix  ». La présentation de ce qu'étaient censés être les accords d'Oslo est incomplète puisqu'ils devaient aussi déboucher au bout de cinq ans sur la négociation d'un statut permanent (cf. article 1 de ces accords) et que ce statut n'était pas nécessairement une simple autonomie pour les Palestiniens. Plus généralement, la formulation du journal suppose que la paix est compatible avec un simple statut d'autonomie pour les Palestiniens ainsi privés de citoyenneté et de souveraineté. Une telle paix, basée sur la privation des droits d'une des parties, serait un cas unique dans l'histoire contemporaine mais présente la caractéristique de ne pas être contraignante pour l'Etat d'Israël.

Dans le même esprit, tout en s'opposant catégoriquement à la démarche de boycott des produits israéliens, Claude Goasguen et ses collègues ne proposent aucune action concrète qui pourrait permettre d'établir la paix au Proche-Orient (Le Figaro, 1er novembre 2002). Ces parlementaires croient-ils qu'il suffit de s'opposer à toute initiative contrariant l'Etat d'Israël pour permettre de résoudre le contentieux israélo-palestinien ?

1.6 Une conception restrictive de l'enjeu du conflit

Employant le terme anglais « deal  », le journaliste de Phosphore affirme que « la perspective du deal 'la paix contre des territoires pour les Palestiniens' s'éloigne  ». Affirmer que cette perspective s'éloigne laisse entendre qu'elle a été proche ce qui n'a pas été démontré. De plus, l'emploi de l'article indéfini « des  » devant le terme « territoires » laisse penser que le journaliste estime qu'une restitution partielle des territoires occupés est compatible avec la paix. Dès lors, on peut s'interroger sur la suite de l'article qui contient les propos suivants : «  comme si l'enjeu était, à nouveau, l'existence de l'Etat d'Israël, et non les modalités d'un partage du territoire  ». De quel « territoire » s'agit-il ? D'après l'O.N.U., il s'agissait de partager la Palestine mandataire. D'après les gouvernements israéliens, il s'agit tout au plus de partager les territoires occupés, c'est-à-dire un territoire représentant 22% de la Palestine mandataire. On peut regretter que le journaliste reste aussi ambigu sur cette question essentielle. Il convient surtout de noter que les deux questions mentionnées en tant qu'« enjeu » sont des enjeux pour les gouvernements israéliens (existence de l'Etat d'Israël, partage du territoire) mais ne correspondent pas aux enjeux de la partie palestinienne (décolonisation, droit à l'autodétermination, droit au retour), ni même aux enjeux communs (le choix à effectuer sur la conception de la citoyenneté : une citoyenneté fondée sur la laïcité ou bien une citoyenneté fondée sur l'appartenance ethnico-religieuse comme c'est le cas du programme du Hamas palestinien et de la pratique de l'Etat d'Israël qui se définit comme un Etat juif).

1.7 L'attribution aux Palestiniens de la responsabilité du terrorisme planétaire

Conformément à la tactique du gouvernement israélien, André Fontaine établit, sans s'en justifier, un lien entre la lutte palestinienne et le terrorisme d'Al-Qaida (Le Monde, 6 décembre 2002). Ainsi, cet article, consacré au conflit israélo-palestinien, commence par l'évocation des « attentats de Mombasa » (au Kenya) alors que ces attentats ont vraisemblablement été commis par Al-Qaida (cf. les extraits suivants des titres du Monde consacrés à ces attentats : « Les Israéliens soupçonnent le réseau Ben Laden » le 30 novembre et « Les missiles utilisés à Mombasa confortent la piste Al-Qaida » le 4 décembre. Ultérieurement, un titre du 10 décembre indique qu'« Al-Qaida revendique l'attentat de Mombasa »). Plus loin dans son article, André Fontaine mentionne « Ben Laden », « Karachi », le « Kenya » et « Bali ». Enfin, en s'inspirant de la formulation d'un journal anglais, André Fontaine conclut son article en écrivant qu'en l'absence de changement de comportement chez Arafat, « la terre entière n'aurait plus qu'à se préparer pour la terreur  ».

2/ Les concepts

Les journaux peuvent entretenir des confusions de deux façons : par l'écrit même de leurs journalistes mais aussi en ouvrant leurs colonnes à des points de vue externes eux-mêmes confus. Nous évoquons cinq types de confusion conceptuelle : confondre les Territoires Occupés et le territoire israélien, confondre l'Etat d'Israël et l'ensemble des juifs, exprimer une réticence à considérer les Arabes israéliens comme des Israéliens, utiliser une étrange conception des rapports de force, employer le terme « impossible » pour désigner une action refusée par les gouvernements israéliens.

2.1 La confusion entre le territoire israélien et les Territoires Occupés par l'Etat d'Israël

Sous diverses formes, les journaux peuvent exprimer et entretenir une regrettable confusion conceptuelle entre les Territoires Occupés par Israël et le territoire israélien.

La première page du Monde (édition du 17-18 novembre) propose un article dont le titre est « Embuscade meurtrière en Israël  ». Le contenu de l'article précise que l'embuscade a eu lieu « à Hébron, en Cisjordanie ». Certes, le Monde a publié un discret rectificatif le jour suivant : « L'embuscade qui a coûté la vie à douze personnes a eu lieu non pas en Israël comme nous l'avons écrit mais à Hébron, c'est-à-dire en Cisjordanie » (19 novembre 2002) [1]. Cette négligence se produit alors même que, dans ses propos rapportés dans un dossier consacré au traitement médiatique du conflit israélo-palestinien (Médias, juin-juillet 2002, pp. 62-63), Edwy Plenel, directeur de la rédaction au Monde, affirme imposer les principes suivants sur ce sujet : « multiplier par un coefficient dix la vigilance normale que l'on doit avoir dans le traitement d'une guerre » et « faire très attention aux effets de sens ».

Lorsqu'il évoque l'opération réalisée par des combattants palestiniens le 15 novembre à Hébron (Le Figaro, 22 novembre 2002), Gilles Kepel écrit que ce « mitraillage à Hébron » est « l'un des attentats les plus meurtriers commis en Israël  ».

S'agit-il de simples erreurs ou bien de réticences et difficultés à dissocier les Territoires Occupés par l'Etat d'Israël et le territoire israélien ? On pourrait suggérer deux explications se combinant éventuellement :

-  les auteurs de ces étonnantes localisations considèrent que la Cisjordanie se trouve en Israël. Ils approuvent donc les revendications expansionnistes israéliennes. Dans ce cas, la déontologie voudrait qu'une telle prise de position soit explicitement assumée face aux lecteurs et non pas qu'elle soit insinuée à l'occasion de la relation d'un événement ;

-  ces personnes témoignent d'une certaine négligence concernant un des aspects essentiels du conflit israélo-palestinien. Cette négligence consiste à se satisfaire d'une confusion entre l'Etat d'Israël et les territoires occupés par Israël, reprenant ainsi les expressions utilisées par les partisans de l'expansionnisme israélien.

2.2 Une confusion entre l'Etat d'Israël et l'ensemble des juifs

Selon Claude Goasguen et ses collègues (Le Figaro, 1er novembre 2002), la liste employée pour « le boycott des produits israéliens et des sociétés accusées de sionisme ou de collaboration avec Israël » évoque « une étoile jaune économique ». Ces députés confondent donc des questions concernant l'Etat d'Israël (les produits israéliens, le sionisme, la collaboration avec Israël) avec une question concernant l'ensemble des juifs (l'étoile jaune). De même, alors que ce boycott ne concerne que les produits israéliens, il est, selon eux, « une occasion de conforter des idées racistes et antisémites  » et ils motivent leur opposition à ce boycott par leur volonté de « réagir contre la dérive raciste et antisémite qui parcourt la France  » depuis deux ans. La confusion de ces parlementaires les conduit donc à effectuer un contresens supplémentaire : ils associent le boycott des produits israéliens à des intentions criminelles alors que, selon ses promoteurs, le boycott est motivé par une volonté de défendre les droits de l'Homme.

Alors même qu'ils établissent tant de confusions, ces députés dénoncent, eux, un « amalgame » entre plusieurs concepts dont « Israël » et «  les juifs ».

2.3 Une réticence à considérer les Arabes israéliens comme des Israéliens

Plusieurs éléments laissent penser que le journal Phosphore éprouve une réticence à considérer les Arabes israéliens comme des Israéliens.

Le journal indique que les « deux tiers des Palestiniens n'ont pas 25 ans » et ajoute que « le phénomène fait cauchemarder les Israéliens car il concerne aussi les Arabes qui vivent et votent en Israël  ». Le journaliste oublie de préciser que la catégorie d'Arabes qu'il a mentionnée en dernier a la nationalité israélienne. Par conséquent, ces Israéliens-là n'éprouvent pas la hantise évoquée plus haut. Ce ne sont donc pas « les  » Israéliens qui ont ce cauchemar mais seulement une partie d'entre eux.

En plus d'un reportage, d'un entretien avec un politologue, et d'un article consacré à l'histoire, le dossier de Phosphore comprend deux volets consacrés chacun à l'une des deux populations : deux pages décrivant la jeunesse « côté israélien » et deux pages décrivant la jeunesse « côté palestinien ». Chacun de ces volets est constitué d'un article d'information et de trois « témoignages ». Parmi les trois témoignages « côté palestinien  », il y a celui d'une jeune femme « de nationalité israélienne » qui est en réalité palestinienne et israélienne. Les trois témoignages « côté israélien » semblent tous être ceux de juifs : Moshe a passé trois ans dans un école religieuse « chez les juifs ultra-orthodoxes », les parents d'Aya « vivent dans une implantation en Cisjordanie  », Elie « a un pied dans le monde moderne et l'autre dans la tradition juive  ». La façon qu'a le journal de classer les individus dans deux catégories disjointes (israélien, palestinien) ne rend pas compte de la complexité de la situation et laisse penser qu'il y a une certaine équivalence, pour Phosphore, entre le concept de «  juif » et celui d'«  israélien ».

La carte présentant l'ensemble «  Israël et Territoires Occupés » indique les « point[s] de peuplement » : « juifs » en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, « arabes » en territoire israélien (Galilée). Le journal met ainsi sur le même plan les colons israéliens installés dans les territoires occupés en violation des conventions de Genève et les Arabes israéliens qui, eux, sont des indigènes épargnés par l'expulsion de 1948.

2.4 Une conception étrange des rapports de force

Hubert Coudurier relate, sans exprimer la moindre réserve, ce qu'aurait été, selon lui, la hantise d'Ehud Barak durant l'année 2000 : « dès lors que Premier ministre Ehud Barak […] retirait unilatéralement les troupes israéliennes du Sud-Liban, il se plaçait en position de faiblesse à l'égard des Palestiniens » (Le Télégramme, 1er novembre 2002). Toujours à propos de l'ancien Premier ministre israélien, le journaliste évoque sa « crainte du laxisme qui le mettrait […] en position de faiblesse » face aux Palestiniens. En réalité, l'Etat d'Israël est un Etat militarisé qui représente la principale puissance militaire de la région alors que les Palestiniens n'ont pas d'armée ; ils n'ont que des armes légères dérisoires face aux hélicoptères, aux avions, aux missiles, aux chars et à tout l'équipement moderne de l'armée israélienne. Sur le plan du rapport de forces, on peut difficilement croire que l'Etat d'Israël soit en position de faiblesse face aux Palestiniens. Si Hubert Coudurier veut parler de la « position de faiblesse » d'Ehud Barak face aux Palestiniens, il doit être plus précis et indiquer que la faiblesse d'Ehud Barak se situe sur le plan éthique et non pas sur les rapports de force, les objectifs d'occupation et de colonisation des dirigeants israéliens étant en effet immoraux.

2.5 L'emploi du terme « impossible » pour désigner une action refusée par les gouvernements israéliens

Le journal Phosphore explique que « l'impossible partage de Jérusalem » a contribué à faire « échouer les pourparlers  » de Camp David en 2000. Pourtant, selon les Palestiniens, le partage de Jérusalem n'est pas impossible comme le démontre le fait que cette ville a été partagée de 1948 à 1967. En occupant la totalité de Jérusalem, les gouvernements israéliens, eux, en refusent le partage tout du moins dans la pratique et ceci depuis 35 ans. Sans expliquer pourquoi ce qui était possible avant l'occupation israélienne ne l'est plus aujourd'hui, le journaliste fait sienne la position radicale des gouvernements israéliens sur la soi-disant impossibilité du partage de Jérusalem.

3/ Le style de rédaction


Un article peut être confus du point de vue de son style de rédaction ou bien être insuffisamment argumenté.

3.1 Un style de rédaction très confus

Dans son article «  "Décryptage" : le refus de la complexité de l'Histoire » (Le Monde du 22 janvier 2003), Alain Frachon commente le film militant de Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan consacré au traitement médiatique du conflit israélo-palestinien. Le style de rédaction employé par le journaliste du Monde conduit à la plus grande confusion entre ce qui relève du point de vue des auteurs du film et ce qui relèverait selon lui des faits. Par exemple, Alain Frachon écrit : « Le film de Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan prend pour point de départ une réalité qui n'est guère contestable : en Europe, l'image d'Israël est mauvaise. La version médiatique du conflit la plus largement partagée est manichéenne : d'un côté, les méchants (les Israéliens), de l'autre les bons (les Palestiniens) ; d'un côté, tous les torts ou presque ; de l'autre, le droit absolu de la victime ». On ne sait pas si cette description ridicule présentant les médias comme manichéens et pro-palestiniens est formulée par Alain Frachon ou bien par Tarnero et Bensoussan.

3.2 Une argumentation limitée

Les non dits et références inadéquates que nous avons présentés précédemment ne sont pas argumentés. De même un effort d'argumentation permettrait d'éviter les grandes confusions que nous avons relevées. Nous ajoutons l'exemple suivant d'argumentation limitée. Pour justifier son opposition au boycott des produits israéliens, Claude Goasguen avance plusieurs motifs dont un d'ordre général et n'étant pas spécifiquement lié à l'Etat concerné : le boycott serait une démarche « peu efficace en général  » qui « n'a pas de sens ». Cependant, son texte passe sous silence le précédent sud-africain qui constitue pourtant la référence principale des promoteurs du boycott tant sur la question du sens que sur celle de l'efficacité de la démarche qu'ils ont choisie. Le texte de Claude Goasguen omet également de mentionner le fait suivant : le 10 avril 2002, l'Assemblée européenne a voté la suspension de l'accord d'association avec l'Etat d'Israël suite aux violations des droits de l'Homme perpétrées par cet Etat. Or le refus de la Commission européenne de mettre en application cette décision de l'Assemblée européenne a été l'événement qui a incité des associations à promouvoir une politique de boycott.

4/ La présentation des faits


Nous décrivons cinq types d'exemples témoignant d'une présentation des faits partisane défavorable aux Palestiniens : une tendance à n'évoquer que la violence palestinienne, la prise de distance à l'égard des faits illustrant la souffrance palestinienne, la capacité à blâmer les Palestiniens et dédouaner les Israéliens pour des faits comparables, une tendance à prendre des libertés avec l'Histoire, la propension à observer un silence total sur l'agressivité de la politique de l'Etat d'Israël.

4.1 Une tendance à n'évoquer que la violence palestinienne

Dans son article analysant la situation politique dans l'ensemble du Moyen-Orient, Gilles Kepel évoque l'embuscade réalisée à Hébron par des combattants palestiniens le 15 novembre 2002 en indiquant que cet attentat est « l'un des plus meurtriers » et qu'il est « très meurtrier et spectaculaire » (Le Figaro, 22 novembre 2002). Cependant, l'analyste politique n'évoque pas explicitement les Palestiniens tués par des Israéliens les autres jours. Il suggère ainsi que, dans ce conflit, les meurtriers sont palestiniens alors qu'en réalité ils sont en majorité israéliens (depuis septembre 2000 jusqu'à la date de parution de l'article, les victimes palestiniennes sont trois plus nombreuses que les victimes israéliennes).

Evoquant les morts israéliens dans des attentats, André Fontaine écrit qu'« on peut difficilement […] faire grief  » à Sharon de « crier vengeance » (Le Monde, 6 décembre 2002). Tout en ayant intitulé son article « Le Proche-Orient par delà la vengeance  », André Fontaine approuve donc le désir de vengeance des Israéliens sans accorder une telle « faveur » aux Palestiniens dont les morts sont beaucoup plus nombreux. André Fontaine indique aussi qu'« en massacrant à tort et à travers, sans craindre de s'en prendre à des enfants, les "brigades de martyrs d'Al-Aqsa" et autres groupes de kamikazes compliquent singulièrement la tâche de ceux qui voudraient pouvoir tenir envers et contre tout le langage de la médiation ». Les assassinats perpétrés par l'armée israélienne qui font trois plus de victimes dont de nombreux enfants ne sont pas mentionnés dans l'article, ce qui suggère que, selon André Fontaine, assassiner des Palestiniens ne complique pas la tâche de ceux qui souhaitent tenir le langage de la médiation.

La violence palestinienne est constamment évoquée dans le dossier de Phosphore tandis que le journal reste très discret sur la violence israélienne :

-  dès le chapeau des pages d'introduction, le journal indique que du côté israélien, il y a « des jeunes qui se demandent s'ils vont rentrer vivant de leur virée en boîte » mais ce même chapeau n'évoque pas les angoisses similaires éprouvées de l'autre côté ;

-  la page de reportage évoque « l'Intifada […] préparée par les Palestiniens » sans argumenter cette affirmation et sans expliquer que cette Intifada a commencé par le massacre par les forces israéliennes de dizaines de manifestants palestiniens désarmés. Cette page mentionne aussi « le choc d'un attentat à la bombe » et cite un soldat israélien évoquant le « terrorisme islamiste » ;

-  la première des deux pages consacrées au « côté israélien » décrit la situation : le titre est « tous unis face à la peur  », le chapeau de l'article évoque les jeunes Israéliens « sous la menace des attentats », la légende de la principale photo est « aucun [Israélien] n'oublie que la mort rôde toujours », le contenu de l'article précise que les « les bandes de copains [israéliens] qui sortent tard en boîte ou dans les cafés servent souvent de cible aux attentats à la bombe ». La page suivante présente trois témoignages qui évoquent «  la peur des bombes », « les attentats  », « [l'attentat] qui a ravagé la cafét », « les kamikazes  » et « un attentat suicide qui a fait onze morts  » ;

-  la première des deux pages consacrées au « côté palestinien » interpelle « les jeunes Palestiniens » sur « les attentats qui tuent des innocents en Israël », mentionne leur réponse (« il faut bien venger les morts ») mais n'explique pas à ce moment-là comment les Palestiniens meurent. La fin de cette première page et la deuxième page contiennent trois témoignages, à l'occasion desquels le journaliste mentionne certes « des impacts de balles », «  un voisin mort vidé de son sang » mais il prétend ensuite résumer les morts palestiniens en les regroupant dans un ensemble allant « du passant fauché par une balle perdue israélienne à l'auteur d'un attentat suicide meurtrier en Israël  ». Cette dernière formulation permet au journaliste de passer sous silence le fait que la majorité des victimes palestiniennes ne sont décédées ni à l'occasion de balles perdues ni en commettant un attentat-suicide : elles sont mortes parce que l'armée israélienne a tiré délibérément en direction de Palestiniens.

Ainsi, tout en insistant de façon répétée sur la violence meurtrière palestinienne (14 mentions dont 4 dans les titres, chapeaux et légendes), ce journal reste discret sur la violence meurtrière israélienne (4 mentions dont aucune dans les titres, chapeaux et légendes). Le dossier, explicite sur une certaine forme de la violence palestinienne (« attentats », « kamikazes », « attentats qui tuent des innocents », « attentat-suicide »), n'évoque pas les autres formes de la violence palestinienne (lutte contre l'armée d'occupation et contre les colons). Ce mensuel excuse l'armée israélienne puisqu'il ne mentionne explicitement que le seul motif de la « balle perdue » pour décrire la violence dont les Palestiniens sont victimes. Enfin, ce journal ne fait aucun bilan des violences entre Israéliens et Palestiniens et n'indique pas que les morts palestiniens sont trois fois plus nombreux que les morts israéliens.

4.2 La prise de distance à l'égard des faits illustrant la souffrance palestinienne

Lorsque le dossier de Phosphore évoque les souffrances des Palestiniens, ce n'est pas avec les mots du journaliste mais uniquement à travers la citation de propos tenus par des Palestiniens… comme si ces souffrances n'étaient que subjectives : pour employer les expressions « colonisation », « jeunes [Palestiniens] […] terrorisés », «  barrages routiers  », « sans possibilité d'étudier, de travailler, de fonder un foyer  », « couvre-feu  », « ville […] souvent bouclée par l'armée israélienne  », il semble nécessaire d'être Palestinien. Toutefois, il faut reconnaître que la rédaction de Phosphore n'a pas adopté cette même distance à l'égard des faits car le chapeau de l'article consacré au « côté palestinien » reprend une partie de ces expressions. Inversement, le journaliste fait sienne la terminologie de l'occupant israélien : il n'emploie pas le terme « colonie » mais celui d'« implantation ».

4.3 Blâmer les Palestiniens et dédouaner les Israéliens pour des faits comparables

Dans son article du 6 décembre 2002 (Le Monde), André Fontaine n'a pas seulement tendance à n'évoquer que la violence palestinienne. Il a aussi tendance à critiquer les Palestiniens ou leur président sans estimer nécessaire de mentionner des critiques envers les Israéliens ou leur dirigeant pour des faits que l'on pourrait penser comparables.

André Fontaine n'émet aucune critique directe envers le gouvernement israélien. En revanche, il critique ouvertement Arafat en écrivant qu'« il ferait mieux, s'il se soucie du sort de son peuple, de frapper un grand coup en annonçant un cessez-le-feu unilatéral de plusieurs mois et en prenant les moyens de le faire respecter, à charge pour Israël de reprendre la négociation depuis trop longtemps interrompue  ». Cette même phrase réaffirme le dogme du refus des contraintes envers l'Etat d'Israël puisque, selon André Fontaine, cet Etat ne devrait que « reprendre la négociation », ce qui n'engage pas à grand chose.

En écrivant que le peuple palestinien « attend le jour où les Israéliens se décideront à quitter la terre trop promise, ou à défaut à prendre parti de l'existence à leurs côtés d'un Etat palestinien digne de ce nom », André Fontaine affirme qu'une partie des Palestiniens souhaiteraient que les Israéliens quittent l'ensemble de la Palestine mandataire (désignée par l'expression « terre trop promise ») tandis que son article ne rappelle pas qu'une grande partie des Palestiniens ont été expulsés du territoire israélien en 1948 et passe sous silence le fait qu'actuellement les Palestiniens affrontent avec angoisse la terrible menace d'expulsion de masse envisagée par une partie des Israéliens. Plus généralement, André Fontaine ne juge pas utile de signaler que la politique israélienne de persécution envers les Palestiniens leur rend la vie très difficile et de ce fait constitue une pression permanente visant à les contraindre à s'exiler.

André Fontaine invite le président palestinien Arafat à « quitter la scène » en évoquant son âge (« il a maintenant 73 ans ») et adopte l'attitude inverse envers le dirigeant israélien Sharon, qui a pourtant le même âge, et dont il souligne la « brillante réélection à la tête de son parti ». Cette attitude contrastée envers un dirigeant élu selon qu'il soit palestinien ou israélien témoigne du caractère très relatif du respect des principes démocratiques de l'ancien directeur du Monde.

4.4 Une tendance à prendre des libertés avec l'Histoire

Nous donnons trois exemples de la façon dont des journalistes peuvent prendre des libertés avec l'Histoire : un jugement sur le passé non argumenté, la reprise du mythe de l'« offre généreuse » et l'invocation péremptoire du verdict imaginaire de futurs historiens pour imposer un jugement sur des événements très récents. Les exemples que nous donnons témoignent d'un certain mépris de ces journalistes envers les Palestiniens.

4.4.1 Un jugement sur le passé non argumenté

Dans l'article nécrologique consacré à l'ancien ministre des affaires étrangères israélien Abba Eban (Le Monde, 20 novembre 2002), Gilles Paris écrit que celui-ci « appartenait [...] au camp des modérés, partisans d'un dialogue avec les Arabes et surtout avec les Palestiniens ». Ce qualificatif de « modéré » employé pour décrire Abba Eban n'est accompagné d'aucune illustration, d'aucune citation de propos, d'aucune évocation d'un fait concret. Le lecteur informé sur la base de sources plus précises pourrait se rappeler les faits suivants : en 1947, c'est Abba Eban qui, sur ordre de Ben Gourion ayant en tête l'image d'un Grand Israël s'étendant des deux cotés du Jourdain, a présenté aux Nations Unies une acceptation conditionnelle du plan de partage de la Palestine en forme de protestation. Les termes méritent d'en être cités :« [Aux termes de ce plan], le territoire du Foyer national juif sera réduit au huitième de la superficie qui lui avait été primitivement promise (Déclaration Balfour). Personne ne peut demander au peuple juif de supporter sans protester un tel sacrifice (…) Je suis obligé de poser comme condition à mon acceptation la reconnaissance du principe que les frontières du Foyer national juif pourront être modifiées par la suite  » (Annuaire de l'O.N.U. 1947-1948, p. 243). Ultérieurement, membre de tous les gouvernements qui se sont succédés en Israël jusqu'en 1977, Abba Eban est associé de ce fait aux actes illégaux perpétrés par ceux-ci à l'encontre des droits palestiniens avant ou après la guerre de 1967 et en particulier à la colonisation de Jérusalem, de la Cisjordanie et de Gaza, pour ne rien dire de celle du Golan syrien. D'autre part, Gilles Paris cite complaisamment le propos plein de mépris prêté à Abba Eban sur la constance avec laquelle les Palestiniens « ne manquent pas une occasion de perdre une occasion [de règlement de leur conflit avec Israël]  » et ajoute de sa plume que « eux-mêmes se sont souvent comme efforcés de ne pas démentir  » un tel propos. Ce faisant, Gilles Paris renchérit sur une formule accusatrice dont on pourrait pourtant mettre en doute la validité historique puisqu'il n'est pas précisé quelles seraient les occasions ainsi manquées par les Palestiniens.

4.4.2 La reprise du mythe de l'« offre généreuse »

Hubert Coudurier écrit que « l'échec de Camp David [en juillet 2000] […] tient au fait que le leader palestinien Yasser Arafat adoptera une position maximaliste  » (Le Télégramme, 1er novembre 2002). C'est là reprendre un mythe que nous avons évoqué dans le Bulletin précédent (annexe 2 du Bulletin n°1 : « le mythe de l''offre généreuse' », mythe selon lequel, les occupants israéliens auraient fait une réelle proposition à Camp David ou peu après et que de surcroît elle aurait été « généreuse »). En réalité, le leader palestinien n'a pas pu adopter de position spécifique car, à Camp David, l'occupant israélien a refusé de s'engager sur une proposition claire tout en exigeant des occupés palestiniens toujours plus de concessions.

4.4.3 Une invocation péremptoire du verdict imaginaire de futurs historiens

Alain Frachon propose une variante du mythe de l'« offre généreuse ». Il écrit que « peu d'historiens contesteront que la responsabilité principale de la rupture de Camp David incombe à Yasser Arafat » (Le Monde, 22 janvier 2003). Ce journaliste fait appel à l'autorité de futurs historiens pour valider une version déjà battue en brèche par des personnalités de tout bord : selon la journaliste israélienne Tanya Reinhart (« Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948  », Editions La Fabrique), selon la synthèse du journaliste français Denis Sieffert (« La guerre israélienne de l'information  », Editions la Découverte), selon la partie palestinienne et selon les responsables américains Dennis Ross et Robert Malley, les responsables israéliens n'ont fait aucune proposition claire à Camp David, ce qui est en soi un motif de rupture : pourquoi s'acharner à participer à un sommet si l'une des parties organisatrices n'est pas en mesure de faire une véritable proposition ? Dès lors attribuer la responsabilité de la rupture à la partie ayant refusé de continuer à cautionner cette imposture n'a aucun sens et fantasmer sur ce que pourraient dire plus tard les historiens ne nous paraît pas digne d'une analyse saine des événements passés.

4.5 La propension à observer un silence total sur l'agressivité de la politique de l'Etat d'Israël

Après avoir développé leur point de vue sur le type d'attitude à adopter face à l'Etat d'Israël, Claude Goasguen et ses collègues concluent leur texte en écrivant : « aucune tolérance ne peut être admise contre ceux qui sont les adversaires de la tolérance ». Leur texte ne comprenant aucune critique envers la politique israélienne, ces députés accordent une totale tolérance envers un Etat menant une politique agressive.

Conclusion :


Les composantes et les conséquences du brouillage médiatique relatif à la question israélo-palestinienne

Nous avons passé en revue quelques exemples du traitement médiatique français du conflit israélo-palestinien. Tout en émanant des différentes catégories d'auteurs intervenant dans la presse (un grand quotidien national, un quotidien local, un mensuel destiné à la jeunesse, des députés et un professeur en sciences politiques), ces exemples présentent des caractéristiques qui ont une certaine cohérence entre elles. En effet, passer sous silence l'occupation et la colonisation, accorder une place importante à la religion et à l'histoire antique, entretenir la confusion permettent d'adopter un point de vue hostile envers les Palestiniens et conforme à la position des gouvernements israéliens. Cette conception de l'information n'est pas fortuite dans la mesure où elle rejoint les constats présentés dans nos précédents Bulletins (n°0 et n°1). La cohérence interne de cette conception de l'information, reposant sur l'entretien de la confusion et sur un parti pris anti-palestinien, la rend robuste et cela peut expliquer que l'opinion publique, soumise à un tel brouillage médiatique, n'évolue pas (ou peu) vers une meilleure compréhension du conflit israélo-palestinien, ce qui, à son tour, favorise une inaction des gouvernements occidentaux et un pourrissement de la situation au Proche-Orient : ne rien faire et entretenir la confusion revient à laisser les protagonistes s'affronter dans des heurts toujours plus graves. Avec ce brouillage médiatique, tout le monde est perdant à l'exception des gouvernements israéliens : les lecteurs français devraient avoir droit à une information moins confuse et moins partisane, l'ensemble de la presse voit son image dégradée par le comportement confus ou malveillant de quelques uns, les Palestiniens qui souffrent déjà beaucoup trop n'ont pas besoin d'être calomniés, les Israéliens voient leurs erreurs et leurs agressions envers leurs voisins approuvées et cautionnées alors qu'il conviendrait de les responsabiliser pour leur permettre de fournir les efforts nécessaires à leur intégration au Proche-Orient.

Retour sur les auteurs


1/ L'étrange analyse du Professeur Gilles Kepel

Gilles Kepel, Professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, directeur du programme doctoral sur le monde musulman, a écrit d'étranges propos à l'occasion d'une analyse des relations entre les Etats-Unis d'Amérique et le Moyen-Orient (Le Figaro, 22 novembre 2002). Il évoque la violence palestinienne sans mentionner la violence israélienne pourtant trois fois plus meurtrière et il passe sous silence l'occupation et la colonisation israéliennes. Il fait surtout une lecture religieuse du conflit politique opposant occupés palestiniens et occupants israéliens lorsqu'il ne retient que les éléments suivants de l'embuscade à Hébron : elle a visé des « juifs » au retour du « Shabbat ». Enfin, Gilles Kepel localise Hébron « en Israël ». Cette localisation inattendue provient-elle d'une certaine négligence sur un aspect essentiel du conflit israélo-palestinien, d'une ignorance de la géographie proche-orientale ou bien d'une adhésion inavouée à l'idéologie expansionniste des gouvernements israéliens ?

2/ Un dossier de Phosphore consacré à Jérusalem et aux jeunesses israélienne et palestinienne

Phosphore, mensuel destiné à la jeunesse, a publié un dossier intitulé « Israéliens-Palestiniens, avoir 20 ans à Jérusalem  » (Novembre 2002). Ce dossier insiste sur la violence palestinienne (14 mentions dont 4 dans les titres, chapeaux et légendes) tout en restant discret sur la violence israélienne (4 mentions dont aucune dans les titres, chapeaux et légendes). Le dossier, explicite sur une certaine forme de la violence palestinienne (« attentats », « kamikazes », « attentats qui tuent des innocents », « attentat-suicide »), n'évoque pas les autres formes de la violence palestinienne (lutte contre l'armée d'occupation et contre les colons). Ce mensuel ne mentionne explicitement que le seul motif de la « balle perdue » pour expliquer la mort de Palestiniens alors que dans la majorité des cas, la mort provient de ce que les soldats israéliens tirent en direction de Palestiniens. Ne faisant aucun bilan des violences israéliennes et palestiniennes, le journal n'indique pas que les morts palestiniens sont trois fois plus nombreux que les morts israéliens. D'une façon générale, ce dossier présente les informations de façon orientée en faveur des gouvernements israéliens et en défaveur des Palestiniens.

3/ L'analyse de Claude Goasguen et de 18 autres députés

Dans leur texte « Israël - Boycott scandaleux  » (Le Figaro, 1er novembre 2002), Claude Goasguen et 18 autres députés développent l'analyse suivante :

-  tout en prétendant détecter la pratique d'amalgames chez ceux qu'ils contestent, ces députés établissent une dangereuse confusion entre l'Etat d'Israël et l'ensemble des juifs ;

-  ils s'opposent catégoriquement à toute action de boycott quelles que soient les circonstances mais ne mentionnent pas le cas du régime d'apartheid de l'ancienne Afrique du Sud servant pourtant de référence pour les promoteurs actuel du boycott des produits israéliens ;

-  leur analyse de la question israélo-palestinienne se limite au thème de la violence ;

-  ils accordent une tolérance totale envers la violation du droit international ;

-  tout en se permettant de critiquer l'initiative des partisans du boycott, ces députés n'ont rien de concret à proposer pour permettre d'instaurer la paix au Proche-Orient.

Ces députés sont les suivants : Claude Goasguen (député de Paris, ancien Ministre), Jacques-Alain Benisti (Val de Marne), Roland Blum (Bouches-du-Rhône, Vice-Président de la commission des affaires étrangères), Bernard Brochant (Alpes Maritimes), Charles Cova (Seine et Marne), Olivier Dassault (Oise), Daniel Gard (Aisne), Jean-Pierre Giran (Var), Pierre Hériaud (Loire-Atlantique), Maryse Joissains (Bouches-du-Rhône), Geneviève Lévy (Var), Alain Madelin (Ile et Vilaine, ancien Ministre), Hervé Mariton (Drôme), Josette Pons (Var), Eric Raoult (Seine Saint-Denis, Vice-Président de l'Assemblée nationale, membre de la commission des affaires étrangères, Ancien Ministre), Jérôme Rivière (Alpes Maritimes), Rudy Salles (Alpes Maritimes, Vice-Président de l'Assemblée nationale), Michèle Tabarot (Alpes Maritimes), Jean-Sébastien Vialatte (Var). On notera que sur les 19 signataires, 10 sont députés de la région Provence Côte d'Azur. 18 de ces signataires sont de l'U.M.P., Rudy Salles est de l'U.D.F.

4/ André Fontaine : un ancien directeur du Monde hostile envers les Palestiniens

L'article « Le Proche-Orient par-delà la vengeance » d'André Fontaine, ancien directeur, (Le Monde, 6 décembre 2002) réunit les caractéristiques suivantes :

-  concernant l'Etat d'Israël, pas de mention de l'occupation et de la colonisation israéliennes, pas de critique directe du gouvernement israélien, pas de mention de la moindre contrainte à envisager envers la puissance occupante et colonisatrice, pas d'invitation au dirigeant élu israélien à quitter la scène politique, condamnation solennelle de l'assassinat d'Israéliens, approbation du désir de vengeance du gouvernement israélien ;

-  concernant les Palestiniens, critique ouverte de l'Autorité palestinienne, pas de mention de l'assassinat de Palestiniens, attribution à des Palestiniens d'un souhait de chasser les Israéliens de la Palestine mandataire, pas de mention de l'expulsion des Palestiniens par l'Etat d'Israël en 1948, pas de mention de la menace actuelle d'expulsion des Palestiniens par l'armée israélienne (« transfert » des Arabes hors de la Palestine mandataire), invitation au dirigeant élu palestinien à quitter la scène politique, pas de légitimité reconnue à l'exaspération palestinienne, attribution au dirigeant palestinien de la responsabilité du développement d'une terreur planétaire.

Toutes ces caractéristiques sont favorables à l'occupant et colonisateur israélien et défavorables à l'occupé et colonisé palestinien. La rédaction du Monde a choisi de faire figurer cet article dans la rubrique « Analyses » et non pas dans la rubrique « Débats ». Un tel choix semble indiquer que le journal Le Monde approuve les termes et l'esprit de cet article anti-palestinien.

Annonce : Un prochain dossier de l'Observatoire de la presse sur la Palestine consacré au traitement médiatique de « l'affaire Paris VI »

L'Observatoire de la presse sur la Palestine envisage de publier prochainement un dossier consacré à la façon dont la presse a évoqué « l'affaire Paris VI », c'est-à-dire la motion du Conseil d'Administration de Paris VI à propos de la collaboration universitaire avec l'Etat d'Israël et les réactions que cette motion a suscitées en France. Seront étudiées dans ce dossier plusieurs caractéristiques du traitement médiatique de cette affaire : les amalgames, les omissions, la distribution de la parole, etc.

L'événement : Les élections israéliennes du 28 janvier 2003


Les élections israéliennes du 28 janvier ont vu la victoire d'Ariel Sharon, leader d'extrême-droite. Comment cet événement a-t-il été analysé dans la presse française ? Nous citons les éditoriaux de trois journaux (Courrier International, Le Monde et Le Figaro).

Une excuse inventée pour légitimer l'agressivité des électeurs

Quelques semaines avant les élections, Philippe Thureau-Dangin, Directeur de la rédaction, (Courrier International, 5 décembre 2002) explique dans son éditorial que « les esprits en Israël sont […] écœurés par […] les volte-face d'Arafat au temps des négociations  ». Avec cette accusation lancée contre Arafat sans aucune réserve, sans aucune argumentation et ne correspondant, nous semble-t-il, à aucune réalité, l'éditorialiste peut approuver l'écoeurement des Israéliens et inventer une excuse préalable légitimant le probable choix électoral agressif envers les Palestiniens.

Le succès de l'extrême-droite commenté différemment selon les lieux où il se produit

Au lendemain des élections, l'éditorial « Israël dépité » (Le Monde du 30 janvier 2003) analyse le vote israélien qui a conduit à un nouveau succès électoral d'Ariel Sharon. Cette analyse contient les mots « terrorisme palestinien  », « sécurité », « désarroi  », « espoir », « paix » mais ne contient ni le mot « occupation » ni le mot « colonie » (remplacé par le terme « implantations » qui est le terme préconisé par l'occupant). Le choix de recourir à certains concepts et de ne pas employer d'autres explique que la rédaction du Monde en arrive à écrire que «  l'interlocuteur palestinien a sa part de responsabilité » dans les résultats de cette élection et plus généralement l'éditorial excuse à bon compte le choix politique librement exprimé des électeurs israéliens qui ont mis à nouveau à leur tête un partisan du maintien de l'agression envers les Palestiniens sous forme d'occupation, de colonisation, de répression et plus généralement de violation des droits de l'Homme.

Pourtant, lors des élections autrichiennes de 1999 qui s'étaient traduites par un succès du parti d'extrême-droite de Jorg Haider, l'éditorial du Monde avait alors analysé « la vilaine ficelle » du succès de l'extrême-droite : elle consiste à « exploite[r] à fond la peur de l'étranger »(6octobre1999).L'éditorialavait alors rappelé que l'Autriche avait « su dans le passé faire coexister nombre de nationalités » mais nous n'avons pas connaissance d'un éditorial du Monde qui aurait rappelé que la région du Proche-Orient correspondant à la Palestine mandataire avait, elle aussi, dans le passé, su faire coexister les différentes communautés. L'éditorial du Monde du 6 octobre 1999 avait alors conclu que le succès de l'extrême-droite autrichienne « ne laisse pas d'inquiéter  ».

Des électeurs qui n'auraient pas le choix malgré les contrastes entre les programmes des deux principaux candidats

Dans son éditorial du Figaro (29 janvier 2003), Charles Lambroschini n'utilise pas le mot « occupation », il ne fait allusion à cette réalité qu'avec l'expression « 'reconquête' des territoires palestiniens » à propos de laquelle il se contente de signaler qu'elle procure à l'opinion israélienne le « sentiment d' une profondeur stratégique ». Il n'évoque pas la question des colonies mais emploie les termes et expressions « paix », « sécurité », « attentats », « terrorisme » et « escalade sanglante deskamikazes ». A propos du vote lui-même, l'éditorialiste écrit que «  les électeurs [israéliens] n'avaient pas vraiment le choix ». Or,par définition,lorsd'électionsdémocratiques,on a toujours le choix. Ici, lesélecteurs israéliens pouvaient très bien voter, parexemple,pourle candidat Amram Mitzna et pour le parti travaillistequi, sans être parfaits, sont moins agressifs qu'Ariel Sharon. Les Israéliens ont choisi ArielSharon.

Une inquiétante conception de la démocratie

Alors que ces éditoriaux auraient pu faire la critique du vote israélien en faisant ressortirle caractère profondément immoral de la politique choisie, ces journaux ont préféré chercher des excuses circonstancielles à ces électeurs. Cette indulgence envers cet électorat accordant la majorité à un programme d'extrême-droite provient probablement d'une certaine tendresse envers le peuple israélien. Indépendamment des aspects purement affectifs, ces éditoriaux présentent deux inconvénients majeurs. Tout d'abord, ce n'est pas rendre service aux Israéliens de les déresponsabiliser ainsi et c'est affaiblir la minorité des Israéliens qui dénoncent et refusent courageusement les violations des droits de l'homme perpétrées par leur pays. Ensuite, la conception de la démocratie exposée dans ces éditoriaux est inquiétante dans la mesure où, d'après l'approche de ces journaux, les électeurs n'ont pas à répondre de leurs choix, aussi agressifs et extrémistes ceux-ci soient-ils. Nous aurions préféré voir ces éditorialistes adopter une position plus exigeante sur les thèmes fondamentaux de la responsabilité et de la démocratie.

Annexes


Annexe 1 : les actions des groupes de pression

Nous rappelons à titre indicatif quelques actions menées durant ces derniers mois par les groupes de pression oeuvrant en faveur des gouvernements israéliens.

La motion votée le 18 décembre 2002 par le C.A. de l'Université de Paris VI et relative aux modalités de coopération avec les institutions universitaires israéliennes a donné lieu à une intense campagne de protestations : manifestes de personnalités scientifiques et d'intellectuels médiatiques, manifestation du 6 janvier 2003 devant cette Université organisée par l'U.E.J.F (Union des Etudiants Juifs de France). Cette manifestation aurait regroupé entre plusieurs centaines et 2500 manifestants. Des personnalités médiatiques (Alexandre Adler, Alain Finkiekraut, Arno Klarsfeld, Bernard-Henri Lévy, Anne Sinclair) et des responsables politiques (le député P.S. Serge Blisko, le député U.M.P. Pierre Lellouche et l'ancien ministre Dominique Strauss-Kahn) étaient présents. La presse a participé à sa façon à la campagne de dénigrement et d'intimidation contre cette Université française. Le traitement médiatique de l'affaire Paris VI donnera lieu à un prochain dossier réalisé par l'Observatoire de la presse sur la Palestine.

Le 25 janvier 2003, durant le dîner annuel du C.R.I.F. (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), Roger Cukierman, président de cette institution, a déclaré qu'il existe en France « une alliance brun, vert, rouge », que « l'antisionisme est le nouvel habit de l'antisémitisme » et que se retrouvent au sein de cette alliance « une extrême droite nostalgique des hiérarchies raciales » et « un courant d'extrême gauche, antimondialiste, anticapitaliste, antiaméricain, antisioniste ». Indigné par de tels amalgames, le représentant du parti des Verts a quitté sur le champ le dîner. Les représentants des autres partis politiques présents n'ont, semble-t-il, pas jugé utile de défendre les Verts. Les mouvements L.C.R. et L.O., absents de ce dîner, ont exprimé leur intention de porter plainte.

Le Maire de Seclin (Nord) avait appelé à boycotter les produits israéliens pour protester contre la politique du gouvernement d'Ariel Sharon. Il a été poursuivi en justice pour discrimination par le président d'une association cultuelle israélite du Nord. Le Tribunal a reconnu que le Maire n'avait fait qu'user son droit d'expression et l'a relaxé le 26 mars 2003.

Ces événements mêlent prétention de certains à représenter une communauté juive française univoque, pressions en faveur de la politique d'une puissance occupante et colonisatrice et intimidations envers les opposants à cette politique. Une telle importation du conflit israélo-palestinien par l'intermédiaire de tentatives de manipulation de la communauté juive française a été hélas confirmée par la décision de la grande synagogue de Lyon d'accueillir le 25 mars 2003 un gala de soutien aux soldats israéliens.

Enfin, nous saluons la publication d'un ouvrage consacré aux pressions exercées en France en faveur des gouvernements israéliens. Il s'agit du livre de Pascal Boniface « Est-il permis de critiquer Israël ? » (Editions Robert Laffont, avril 2003). Sur la base d'exemples réels et précis, l'auteur analyse les mécanismes de ces campagnes de pression et d'intimidation et en dénonce le caractère immoral et dangereux.

Annexe 2 : Articles cités dans le Bulletin

Courrier International
-  Philippe Thureau-Dangin : « Une nouvelle chance pour le Proche-Orient » (5 décembre 2002)

Le Figaro
-  Claude Goasguen et 18 autres députés U.M.P. : « Israël - Boycott scandaleux » (1er novembre 2002)
-  Gilles Kepel : « Rendez-vous à Bagdad » (22 novembre 2002)
-  Charles Lambroschini : « Une victoire annoncée » (29 janvier 2003)

Médias
-  Benjamin Neumann : dossier « Israël / Palestine, l'impossible neutralité » (juin-juillet 2002)

Le Monde
-  Editorial : « L'avertissement autrichien » (6 octobre 1999)
-  Mouna Naïm : « Proche-Orient : le Quartet va-t-il à l'échec ? » (8 novembre 2002)
-  « Embuscade meurtrière en Israël » (17-18 novembre 2002)
-  Gilles Paris : « Disparitions - Abba Eban, un ancien chef de la diplomatie israélienne » (20 novembre 2002)
-  Nissim Zvili, nouvel ambassadeur d'Israël en France : « Il faut une séparation complète d'au moins dix ans avec les Palestiniens », propos recueillis par Michel Bôle-Richard et Alain Frachon (21 novembre 2002)
-  André Fontaine : « Le Proche-Orient par-delà la vengeance (6 décembre 2002)
-  Alain Frachon : « "Décryptage" : le refus de la complexité de l'Histoire » (22 janvier 2003)
-  Editorial : « Israël dépité » (30 janvier 2003)

Phosphore
-  Frédéric Niel : dossier « Israéliens-Palestiniens, Avoir 20 ans à Jérusalem » (novembre 2002)

Le Télégramme
-  Hubert Coudurier : « Israël : le rêve brisé » (1er novembre 2002)

Sommaire détaillé


Avant-propos

Tour d'horizon

1/ Non dits et références inadéquates
Les questions de la colonisation et de l'occupation tenues pour négligeables
La place accordée à la religion
La place accordée à l'histoire antique
L'absence d'explication sur les liens entre le sionisme et la question de l'entente entre Israéliens et Palestiniens
La croyance dans une paix non contraignante pour l'Etat d'Israël
Une conception restrictive de l'enjeu du conflit
L'attribution aux Palestiniens de la responsabilité du terrorisme planétaire

2/ Les concepts
La confusion entre le territoire israélien et les Territoires Occupés par l'Etat d'Israël
Une confusion entre l'Etat d'Israël et l'ensemble des juifs
Une réticence à considérer les Arabes israéliens comme des Israéliens
Une conception étrange des rapports de force
L'emploi du terme « impossible » pour désigner une action refusée par les gouvernements israéliens

3/ Le style de rédaction
Un style de rédaction très confus
Une argumentation limitée

4/ La présentation des faits
Une tendance à n'évoquer que la violence palestinienne
La prise de distance à l'égard des faits illustrant la souffrance palestinienne
Blâmer les Palestiniens et dédouaner les Israéliens pour des faits comparables
Une tendance à prendre des libertés avec l'Histoire
La propension à observer un silence total sur l'agressivité de la politique de l'Etat d'Israël

Conclusion
Les composantes et les conséquences du brouillage médiatique relatif à la question israélo-palestinienne

Retour sur les auteurs
1/ L'étrange analyse du Professeur Gilles Kepel
2/ Un dossier de Phosphore consacré à Jérusalem et aux jeunesses israélienne et palestinienne
3/ L'analyse de Claude Goasguen et de 18 autres députés
4/ André Fontaine : un ancien directeur du Monde hostile envers les Palestiniens

Annonce
Un prochain dossier de l'Observatoire de la presse sur la Palestine consacré au traitement médiatique de « l'affaire Paris VI »

L'événement : Les élections israéliennes du 28 janvier 2003
Une excuse inventée pour légitimer l'agressivité des électeurs
Le succès de l'extrême-droite commenté différemment selon les lieux où il se produit
Des électeurs qui n'auraient pas le choix malgré les contrastes entre les programmes des deux principaux candidats Une inquiétante conception de la démocratie

Annexes
Annexe 1 : Les actions des groupes de pression
Annexe 2 : Articles cités dans le Bulletin

[1] Nous rappelons une autre négligence tout aussi étonnante survenue dans le même journal à propos d'un autre aspect du conflit : l'emploi du terme « accalmie » dans un titre d'article pour désigner la période au cours de laquelle « plus de 65 Palestiniens ont été tués » (20 septembre 2002, évoqué ultérieurement par le médiateur du journal dans l'édition du 29-30 septembre, cf. Bulletin n°1 de l'Observatoire de la presse sur la Palestine).