ImpressionMonsieur le médiateur du journal Le Monde,
Dans l'article du Monde daté du 1/11/2006 et intitulé « L'ultranationaliste Liberman entre au cabinet israélien », votre correspondant à Jérusalem commet un dérapage apparemment anodin - il n'occupe que l'espace de quatre lignes - mais d'une gravité certaine. Il place en effet le conflit israélo-palestinien dans une perspective erronée, injuste et dangereuse.
Le passage incriminé énonce sans prise de distance : …l'Etat juif se voit cerné par « les terroristes » du Mouvement de la résistance islamique (Hamas), du Hezbollah, ou encore de la République islamique d'Iran.
Certes « les terroristes » sont gratifiés de guillemets ici bienvenus, mais l'amalgame que fait ce texte entre Hamas palestinien, Hezbollah libanais et l'Iran d'Ahmadinejad tend à donner l'impression que ces malheureux Israéliens sont dangereusement menacés par une coalition de redoutables agresseurs.
Cette vision des choses est erronée : dans la durée comme dans le quotidien c'est Israël, aujourd'hui surarmé, l'agresseur qui colonise un territoire étranger, opprime ses indigènes en envisage la « purification ethnique ». La violence que cette situation engendre n'est, dans ces conditions que défensive ou, au pire, contre-offensive. Elle est en outre stratégiquement dérisoire lorsqu'elle s'en prend de manière artisanale à un adversaire déterminé à recourir, le cas échéant, aux moyens de la dissuasion suprême.
Elle est injuste parce qu'elle occulte les profits qu'Israël tire de cette situation et qu'elle escamote les souffrances d'une population ô combien maltraitée.
Elle est dangereuse enfin car, en cautionnant les vues politiques d'un Etat qui ne vise en fait de règlement de son conflit existentiel avec les Palestiniens que leur soumission désespérée et/ou leur expulsion, elle prépare pour demain des revanches aux effets incalculables.
Veuillez agréer, Monsieur le médiateur du Monde mes salutations distinguées.
Louis-Jean Duclos